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La forêt de Counozouls

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Une histoire de lutte et de préservation des droits

Retraçons l’histoire mouvementée de la forêt de Counozouls, marquée par les luttes des habitants pour préserver leurs droits face à l’oppression des seigneurs successifs. Plongez dans une épopée captivante où le courage et la résistance d’une communauté sont mis à l’épreuve.

Avant 1894, la forêt appartenait à la famille de La Rochefoucauld, qui avait hérité des biens de Guillaume Castanier d’Auriac et de sa nièce, la Marquise de Poulpry. Le fils unique de Guillaume s’est  fait tuer en duel. – Les Castanier d’Auriac avaient eux-mêmes succédé à la famille de Montesquieu, qui était seigneur du lieu au 17ème siècle et qui avait confirmé les droits d’usage des habitants en 1669. – Auparavant, la forêt faisait partie de la vicomté de Fenouillèdes, qui était sous la suzeraineté des rois d’Aragon puis des rois de France.

La famille de Niort et la cause cathare (XIIIe siècle)

Sceau de la famille de Niort

Au XIIIe siècle, Les Niort, vicomtes de Sault et maîtres du Roquefortès possédaient une partie de la forêt de Lapazeuil. Ils étaient des partisans du catharisme, une mouvance religieuse considérée comme hérétique par l’Église catholique. Leur soutien à la cause cathare attira l’attention de la croisade des Albigeois, qui les déposséda de leurs biens.

La famille de Montesquieu et la reconnaissance des droits d'usage (XVIIe siècle)

Au XVIIe siècle, la famille de Montesquieu devint seigneur de Counozouls. Consciente des droits d’usage des habitants, elle confirma leur légitimité par un acte de reconnaissance en 1669. Cela permit aux habitants de continuer à jouir des ressources de la forêt, préservant ainsi un équilibre entre les intérêts seigneuriaux et ceux de la communauté locale.

La famille Castanier d'Auriac et l'essor industriel (XIXe siècle)

Castanier d’Auriac a échangé sa seigneurie de Vieillevigne avec celle d’Escouloubre qui appartenait à un Monstron de Sautou, et ensuite a acheté la seigneurie de Counozouls à Montesquieu . Il était riche « le plus grand coquin de France » sa devise « En terres mes deniers ». Il a su profiter entre autres affaires du système de Low ! Cette famille était impliquée dans l’industrie textile et possédait plusieurs manufactures de draps, dont la célèbre manufacture de Villeneuvette dans l’Hérault. Leurs activités commerciales contribuèrent au développement économique de la région.

François Castanier d'Auriac "Le plus grand coquin de France "

La famille de Poulpry et l'influence bretonne (XIXe siècle)

Par héritage, la famille de Poulpry succéda aux Castanier d’Auriac. Elle était l’une des familles les plus riches et influentes de Bretagne, possédant notamment un hôtel particulier à Paris, l’hôtel de Poulpry. Leur arrivée à Counozouls apporta un souffle nouveau à la région, tant sur le plan économique que social.

Les malheurs de la marquise

Après la révolution, celle qui était devenue propriétaire de la majeure partie des terres de la commune, la marquise de Poulpry, a quelques soucis. Elle figure sur la liste des émigrés qui ont fuit la Révolution, avant de revenir au pays, les choses presque apaisées. Ses biens sont donc mis sous séquestre, puis confisqués et vendus en partie. Le 20 octobre 1800, la marquise, ayant enfin obtenu sa radiation de la liste des émigrés, rentre en possession de ses biens non vendus et notamment de ceux de Counozouls. A son décès le 17 janvier 1814, le baron Jean de la Rochefoucauld hérite, en sa qualité de légataire universel, de tout ses biens : des centaines d’hectares de forêts, des bâtiments, des scieries, des moulins, un énorme patrimoine ! Rien que sur la commune de Counozouls, la forêt des Bailleurs (675 hectares), celle de Lapazeuil (1590 hectares), la scierie de Fournas, celle de la Moulinasse, la métairie de Becaud (13 hectares), un moulin, et enfin une maison d’habitation au cœur même du village… La Rochefoucauld vient rarement à Counozouls, et il laisse les paysans de la commune jouir de leurs droits séculaires

La famille de La Rochefoucauld et la vente des biens (XIXe siècle)

le 17 janvier 1814, le baron Jean de la Rochefoucauld hérite, en sa qualité de légataire universel, de tout ses biens : des centaines d’hectares de forêts, des bâtiments, des scieries, des moulins, un énorme patrimoine ! Rien que sur la commune de Counozouls, la forêt des Bailleurs (675 hectares), celle de Lapazeuil (1590 hectares), la scierie de Fournas, celle de la Moulinasse, la métairie de Becaud (13 hectares), un moulin, et enfin une maison d’habitation au cœur même du village… La Rochefoucauld vient rarement à Counozouls, et il laisse les paysans de la commune jouir de leurs droits séculaires.

En 1894,le dernier descendantde  la famille de La Rochefoucauld, un cousin 6e Jean de Grimaudet qui n’ayant rien à en faire . prit la décision de vendre tous ses biens à Counozouls à un spéculateur nommé Jodot, marquant ainsi la fin de leur présence dans la région.

La révolte des habitants et la lutte pour les droits (fin XIXe siècle)

Le sieur Jodot, un riche industriel parisien, remit en cause les droits d’usage des habitants sur la forêt de Counozouls. Il réduisit les superficies de pacage et les possibilités d’affouage, suscitant l’indignation des habitants. Des procès-verbaux furent dressés contre les pâtres communaux, qui furent condamnés à des amendes par le tribunal correctionnel de Limoux. Face à cette injustice, les habitants se révoltèrent et déclarèrent Counozouls comme une commune libre. Ils chassèrent les experts envoyés par Jodot et interdirent l’accès au village aux personnes étrangères.

le journlal La Patrie relatant les faits
les habitants achètent des fusils à la manufacture d’armes de Saint-Etienne
L'article du journal

La résolution du conflit et la préservation des droits (XXe siècle)

  1. En 1904, Jodot céda ses biens à la société Ernest Ader et compagnie, qui accepta de négocier avec les habitants. Le 23 mai 1904, les habitants de Counozouls créèrent une société civile, le Syndicat de Counozouls, qui racheta les biens de Jodot et devint propriétaire de la forêt. Cette résolution pacifique mit fin au conflit et ramena le calme dans le village.

Ainsi, la forêt de Counozouls porte les cicatrices d’une histoire mouvementée, où les familles seigneuriales se sont succédé, et où les habitants ont lutté avec détermination pour préserver leurs droits et leur patrimoine commun. Aujourd’hui, cette forêt témoigne de la résilience d’une communauté et de l’importance de la préservation des liens entre l’homme et la nature.

Avertissement

Cet article se veut une chronique des luttes de la population de Counozouls. Il est le fruit de mes modestes recherches et je ne veux pas m’ériger en historien que je ne suis pas.
Par contre Michel Grosselle, ancien maire de Counozouls qui a inspiré mon article, m’a fait parvenir des documents précisant ces faits. Ils font partie de ses immenses et précieuses recherches, ils sont consultables

Les documents de Michel Grosselle

Cette publication a un commentaire

  1. Bruno HERGAS

    Une bien belle histoire, et joliment contée. Mais peut-on savoir où on en est aujourd’hui, c’est à dire ce que devient le Syndicat de Counozouls, sans nul doute resté la colonne vertébrale de la “Libre République” des années 1900 ?

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