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Llivia devait être pour les Cérètes, qui ont donné leur nom à la Cerdagne, à Saint Laurent de Cerdans et à Céret, un important lieu d’échanges et de communications. Cette ville a un passé riche d’histoire et de légendes. Héraclès serait passé par là. Effectivement pour conduire les bœufs de Geryon, rien de plus normal que de suivre de vieux chemins de transhumance. La vallée de l’Ebre, la vallée du Sègre garantissent l’eau. Une pause à Llivia, puis le pla de Bones Hores pour des pâturages partagés par des bêtes venues de la vallée de l’Aude et de la Têt.  De là il était facile à ces bêtes fougueuses de retrouver le chemin qu’Anny (ou Annie) de Pous nous a signalé et dont nous reparlerons. Les romains, nouveaux maîtres du territoire lui ont donné un nouveau nom : IVLIA LIBICA, Julia Libica avec une écriture plus actualisée. Un temple de cette époque, un forum sont en cours de fouille. Leurs successeurs n’ont retenu que Libica. L’onomastique, cette science des noms de lieux qui dit autant de vérités, de contre-vérités que de balivernes, y reconnaît Llivia. Le temps a voulu que IVLIA ou Julia s’efface, parte sur d’autres chemins de la mémoire, en quête des paysages, des traces de bergers et de troupeaux, aux confins de ses domaines de Cerdagne, du Capcir, du Donezan, du Conflent, des Fenouillèdes, du Peyreperthusés, à la limite du Roussillon de la famille d’Empuries. Les bêtes de Géryon si elles sont passées par Llivia y ont brouté, conduites par l’homme fort, le demi-dieu à la massue. Nous la suivrons dans ses escapades de la montagne à la mer sur le chemin de liberté, celui d’Hercule, de Pyréné et des fleurs en toutes saisons qui doit être le sien.

Tous les vieux chemins de Cerdagne convergent vers Llivia. Les armées de Wamba sont passées par là pour mater un duc Paul qui voulait soustraire cette région de l’autorité wisigothique. Ville centrale, rayonnante, ancienne capitale, siège un temps d’un pouvoir musulman fragile contestataire et contesté qui voulait s’établir de Tortosa à Narbonne.  Son statut après le traité des Pyrénées de 1659 et ses compléments de 1660 l’ont marginalisée. Les plaisirs du ski et de la montagne, ainsi que la libre circulation dans l’union européenne lui ont redonné dans l’environnement cerdan une certaine centralité, entre la Molina, Font Romeu et Porté.

Les vestiges romains, en cours de fouille sont aux abords de l’église fortifiée. Elle propose ses offices mais aussi un beau festival de musique. La ville a eu une pharmacie renommée, les simples ne manquaient pas sur ses domaines étagés entre la Cometa de’Espagne dans la proximité des sommets et la belle vue sur mer de la Tour de Tautavel des comtes de Cerdagne oubliés. Vous retrouverez ses pots émaillés au musée. Vous y rencontrerez l’histoire de la ville et le conservateur saura certainement faire revivre les moindres objets présentés. Le souvenir tragique de Lampégie, fille du roi de l’Aquitaine voisine et de Munuza, gouverneur berbère musulman de la région aux tendances séparatistes habitent aussi ce lieu. Des romantiques et des historiens se sont emparés de leur histoire. Lampégie a fini au harem de Damas. La tradition veut qu’elle repose aux côtés de Munuza vaincu, décapité, à Planès, de l’autre côté du col de la Perche, sous le sol de la Mezquita, une église dont le plan et les formes intriguent toujours (sauf Léon Langlet qui dans son livre vous dévoile ses secrets).

Vous visiterez les ruines du château sur la colline. La montée est facile. Toutes ses tours et les murailles qui protégeaient la vieille ville disparue ont été abattues lors de l’occupation de la Cerdagne par les armées de Louis XI. Des pans entiers demeurent et vous ne regretterez pas d’être arrivés au sommet. Outre les ruines du château quadrangulaire dont vous vous rappellerez lorsque vous serez sur les murs arasés de la forteresse primitive de Salses, vous aurez une autre vue sur la montagne et le plateau alentour. Ce panorama fera-t-il naître en vous l’envie de faire le tour du territoire, sauter d’une borne à l’autre, du Mas Saint Joseph, à Gorguja, par Estavar, Err ou Ur, découvrir la source ferrugineuse ou les eaux sulfureuses ?

Le statut de Llivia est particulier. Une partie de ses droits reconnus vont jusqu’au lac des Bouillouses. Ses troupeaux y ont droit de pâture. Un bois porte le nom de Llivia sur le territoire de Bolquère et l’hôtel Bones Hores où vous dormirez peut-être à la fin de l’étape dépend de la municipalité de Llivia tout en étant en France.

Nous proposons d’atteindre après 15 km de marche le barrage des Bouillouses, au pied du Carlit, en suivant le chemin de transhumance des animaux de cette ville. Sur la carte, c’est le GRP du tour du Carlit. Vous passerez par Angoustrine, remonterez le ruisseau du même nom. Le chemin est large, carrossable. Vous traverserez une partie du chaos de Targassonne, laisserez à droite la centrale solaire expérimentale Thémis. Faites une pause à la chapelle Saint Martin d’Envalls, autrefois propriété de Llivia.  En continuant votre effort sur le sentier, vous franchirez une passerelle près de la Baraque de Prat Carrera, plus loin le Pont dels Empedrats et petit à petit vous arriverez au Pla de Bones Hores.


Vous aurez à ce niveau la possibilité de visiter plusieurs petits lacs et plusieurs étangs si vos forces et le temps le permettent.

Au-dessus ou au-dessous du barrage, vous devriez avoir le choix pour votre hébergement. Mais soyez prudents. Réservez votre place à l’hôtel ou au refuge. Vous êtes à cet endroit dans un environnement de hautes montagnes, les plus hautes des Pyrénées Orientales même si pour Llivia, au niveau où vous êtes, c’est sa montagne à vaches.

Il y a beaucoup de visiteurs en saison. Le plaisir de la marche à pied, du VTT, un télésiège et une navette respectueuse de l’environnement ont permis de résoudre les nuisances du stationnement. Nous avons pu y arriver en ski en hiver. Mais prudence et vigilance pour tous. La météo y est capricieuse.

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Bernard d’Alion

Bernard d’Alion, marié en 1236 à Esclarmonde de Foix morte parfaite cathare, rattrapé par l’inquisition, condamné pour relapse le 3 septembre 1258, est mort brûlé sur un bûcher le lendemain 4 septembre, place de la Canorga à Perpignan.   (Il me semble avoir lu que ce fut même devant l’évêque d’Elne, … quelle fête !)

(Place de la Canorga : place actuelle de la Révolution Française.)

précisions Michel Grosselle